Chronique B+W=EF
Après une inscription dans son blog, le rédacteur de derives.net signe une belle et flatteuse chronique de notre dernier disque ici : http://www.derives.net/reviews/review.php?id=1188
Soit :
De temps en temps l’underground indie français révèle l’une de ses pépites rares, de Badr à Acetate Zero, de Dirge à Thomas Méry, de Carmine à Les Autres, de Delaney, de Cellar Door à SZ, de Sundayer à Maelstrom. Une mouvance fragile, éclatée, sans ligne directrice, dont les médias français ont toujours beaucoup de mal à distinguer la pertinence décalée.
On peut ajouter Yeepee à la liste. Succès potentiel escompté près d’un public large presque nul parce que trop pointu. Succès d’estime et critique, probablement élevé auprès de certains sensible à une certaine idée d’un songwriting indie décalé et fragile, reconnaissance probablement plus élevé hors de France qu’à l’intérieur (et effectivement c’est le cas, le groupe a tourné en Italie et au Japon).
Actif depuis 2003, Yeepee, duo, compte déjà quelques eps autoproduits à leur actif ou l’une ou l’autre présence sur une compilation danoise ou allemande. Il s’agit d’un duo français, formé par Joan (voix, microkorg) et Emmanuel (guitare, voix) qui revendique un registre folk pop minimaliste, inspiré du mouvement antifolk, de Smog, The Lilac Time, Mojave 3 ou The Mountain Goats. Sauf que finalement j’ai du mal à voir la liaison avec ceux-ci car des liens plus précis semblent se tisser du côté de certains artistes de la décennie précédente, hébergés sur des labels comme Teenbeat, K Records ou Sarah Records, Yeepee en quelque sorte se trouvant à la confluence hypothétique et fantasmatique entre Unrest et Blueboy et l’étiquette revendiquée de "musique anecdotique" incline à cette direction économe. Yeepee fait des chansons de trois fois rien, enregistrée à la maison, guitare, clavier et harmonies vocales, joue la carte de la modestie, du minimalisme, en surface, pour en réalité poursuivre ses douces obsessions dans le jeu d’ombre et de lumières entre soleil et végétation, entre sentimentalisme, introversion, mélancolie et séduction.
‘Snail is poetry’ se décline dans ce sens, marcher au soleil, se sentir fragile, des sentiments douloureux presque à fleur de peau. ‘Slowburn’, avec sa guitare et sa mélodie étrangement accidentée, se rapproche de l’univers Teenbeat Records, pas loin de Tel Aviv ou de l’Unrest le plus calme, choisissant étrangement le thème du 11 septembre. Même filiation esthétique sur ‘A hero on Tuesday’, Yeepee à des années lumières au-dessus des habituellement navrantes productions indie françaises.
Le seul reproche que l’on ferait à ce disque c’est sa monotonie, aucun des cinq titres ne déviant vraiment de sa mouture ; un peu plus d’excitation sur ‘Come Home’ entretient l’illusion, mais l’on reste dans le même mouchoir de poche.
Mais en fin de compte ceci n’est pas vraiment un mal dans le cadre d’un ep. Lorsque Yeepee nous quitte avec le lumineux et troublant ‘Haze’, on se promet de se revoir bientôt parce que finalement l’esthétique émotionnelle qu’ils explorent est de celles qui émeuvent le plus. Vu d’ici.
DERIVES.NET