World Cup
World Cup. La coupe est pleine. L'opium du peuple nous étouffe tous les 4 ans. Mais non je rigole, c'est très bien le foot. Ca fait oublier les guerres, les manigances politiques, la vacuité du quotidien. C'est universel. Enfin, les peuples du monde entier parlent le même langage, celui du ballon rond. Bon j'arrête les phrases toutes faites. C'est ridicule.
En fait, le mondial de foot est un instrument puissant de socialisation. L'autre jour, on mangeait entre collègues. Il y avait un stagiaire qui est habillé en costard cravate comme s'il allait à un mariage mais lui c'est pour travailler. Et pendant tout le repas, il essayait de s'intégrer aux conversations. Et quand ça a parlé de foot, il est parti dans un monologue endiablé sur l'équipe de France et qu'il y avait trop de vieux alors que Coupé et Ribery ils sont vraiment bons et la suite, j'ai pas tout compris. Grâce au football, tout le monde peut discuter. J'aurai presque une larme à l'oeil.
Mais en fait je regardais sa cravate et son costard et son discours formaté d'énarque et je me disais qu'ils sont vraiment cons ces énarques. Je sais ça a rien à voir avec le pâté mais il fallait le préciser.
Puis après, il avait retrouvé confiance en lui et il nous a parlé du taux de natalité en Iran qui était le même que celui des Etats-Unis et que l'Iran, c'était pas l'Irak (bien vu l'aveugle ! ) et que c'est normal qu'ils veulent la bombe atomique. Ouais bon, j'ai failli avaler de travers et cracher sur sa cravate mais je sais pas viser en crachant. Et puis lalala plein de discussions hautement politiques et particulièrement pénibles, stériles et bon marché, comme seuls les disciples de l'Ena peuvent en formuler. A un moment donné, j'ai rêvé qu'il nous parle encore de foot. Pour voir encore son regard de petit garçon attardé. Et une étincelle de vie dans ses yeux.
Finalement, le football, c'est un exil régressif pour pas cher. C'est comme quand on pète un plomb au bureau et qu'on fait des avions en papier avec les programmes de la foire au saucisson ou qu'on se met des faux courriers dans nos boites aux lettres. Oui on s'amuse comme on peut.
Regarder le foot, ça aère l'esprit, on pense à rien pendant 90 minutes, c'est superficiel donc utile. Voire nécessaire. Devrait être remboursé par la sécurité sociale si elle n'avait pas un petit trou de quelques milliards dans son porte monnaie. On donne trop de sens à tout, on détaille, on explique, on déroule, on développe, on justifie, on contrôle. Et on oublie de jouir.
Le foot, c'est la communion solennelle. La grande exaltation. Le grand rendez-vous. La jouissance collective.
Bon dommage, j'aime pas le foot. Du coup, la socialisation, la jouissance tout ça, rien, peanuts, que dalle. Enfin, pas grâce au foot. En tout cas.
Du coup, pendant un mois et jusqu'au 9 juillet, je passe un peu pour un extraterrestre. Je ne vis sur la même planète que beaucoup d'autres. Pour un mois, c'est moi. Qui me coupe du monde.