Poésie de quartier
Quand je prends le bus n°38 direction Amouroux pour rejoindre la gare, je pense souvent à Jean-Pierre Raffarin. Pas que notre ex-premier ministre n'éveille en moi quelques désirs inopinés.
Mais je pense à son lexique faussement provocateur ou vraiment saugrenu : "la France d'en bas", "la positive attitude", "The Yes needs the No to win, against the No..." ou encore "la route est droite, mais la pente est forte".
Un vrai poète. A l'instar d'un autre ex-, D. De Villepin, passionné de poésie, mais qui a su se taire (avec beaucoup d'à propos...).
Pourquoi je pense à la France d'en bas ?
Parce que tous ces matins là, dans le bus, je m'y noie dedans. Dans la France populaire, des blacks blancs beurs comme disent certains sociologues de comptoirs, celle des punks à chien qui repoussent à l'odeur la plupart des passagers vers le fond du bus (véridique), celle des "petits gavroches et des têtes abimées" comme dirait Zebda, celle des Cotorep ou des ménagères.
Cette forme de poésie, nos premiers ministres, anciens ou nouveaux, la côtoient dans la parole mais beaucoup moins sur le terrain. C'est dommage, ça donne de belles leçons de vie. Ca explose littéralement toutes les bulles (statut, rôle, cadre, référence, sentiment d'appartenance, etc.) dans lesquelles nous nous complaisons / rassurons. Ca donne à réfléchir. Et même à rêver.
Le bus 38, lui, suit la route droite, sans descendre de pente forte. Bon, juste un petit détour pour l'instant à cause des travaux du métro. Normal. La poésie est dans les détours.